
Il la remercia et répondit qu’il en passait déjà un bon, du moins l’espérait-il.
La Mort parvint au coin de la rue et huma l’air, la lumière des torches créant des rehauts brillants sur le dôme poli de son crâne. Un ivrogne s’amena en titubant et, sans bien comprendre pourquoi, fit un léger détour dans son parcours erratique sans raison apparente.
« ÇA, C’EST LA VILLE, PETIT, dit la Mort. QU’EST-CE QUE TU EN PENSES ?
— C’est drôlement grand, hésita Morty. J’veux dire, quelle idée ils ont, de vivre tous les uns sur les autres comme ça ? »
La Mort haussa les épaules.
« Moi, J’AIME BIEN, dit-il. C’EST PLEIN DE VIE.
— M’sieur ?
— OUI ?
— C’est quoi, un curry ? »
Les flammes bleues s’embrasèrent au fond des orbites de la Mort. « EST-CE QUE TU AS DÉJÀ MORDU DANS UN GLAÇON PORTÉ AU ROUGE ?
— Non, m’sieur, répondit l’apprenti.
— LE CURRY, C’EST COMME ÇA.
— M’sieur ?
— OUI ? »
Morty déglutit avec peine. « Excusez-moi, m’sieur, mais mon papa, il a dit que si je comprenais pas, fallait que je demande.
— TRÈS LOUABLE », fit la Mort. Il s’engagea dans une rue latérale, et les passants s’égaillèrent à son approche comme des molécules livrées à elles-mêmes.
« Eh ben, m’sieur, j’peux pas m’empêcher de remarquer… enfin, le fait est que… ben, à vrai dire, m’sieur, c’est…
— VAS-Y, PARLE, PETIT.
— Comment vous arrivez à manger, m’sieur ? »
La Mort s’arrêta net, si bien que son apprenti lui rentra dedans. Lorsque le jeune homme ouvrit la bouche pour parler, l’autre le réduisit au silence d’un geste. Il avait l’air d’écouter quelque chose.
